Solidarités et vulnérabilités
Responsables : Sophie Djigo (chercheuse associée, STL), Cécile Lavergne (MCF philosophie sociale et politique, STL), Sarah Troche (MCF esthétique et philosophie de l’art, STL)
Ce séminaire est le deuxième volet d’un séminaire organisé au Collège international de philosophie en 2025-2026 par Sophie Djigo (chercheuse associée à STL), dont l’intitulé général est « Repenser les solidarités en régime de frontières ».
La problématique générale du séminaire est la suivante :
Le concept de solidarité fait partie de ces termes ordinaires, largement usités, sans doute surexploités, dont la signification précise nous échappe. Si chacun sait confusément ce que signifie ce mot, il reste bien difficile de le définir avec exactitude, tant ses usages sont multiples, que l’on peut décrire et analyser du point de vue d’une philosophie du langage (Wittgenstein, 1953). La « solidarité » relève de ces embarras conceptuels (Descombes, 2013) qui mêlent différents idiomes, que ce programme de recherche souhaiterait identifier et analyser, tels que l’idiome nationaliste, l’idiome euro-centré ou encore l’idiome humanitaire. Il semble aller de soi que le sens du concept de solidarité a été déterminé une fois pour toutes par les travaux de Durkheim. Si ces derniers ont été largement critiqués au début du XXème siècle, la conception duelle que le fondateur de la sociologie a proposé de la solidarité, mécanique/organique, s’est néanmoins normalisée au point d’être devenue une évidence commune, enseignée dès le secondaire, toujours largement citée dans les travaux universitaires en sciences sociales.
Engager une réflexion philosophique sur la solidarité revient à affronter d’abord ces différents obstacles : premièrement, il nous faut cheminer avec Durkheim par une relecture critique, qui discute des perspectives distinctes et des croisements entre la philosophie et la sociologie, à partir des thèses philosophiques, voire métaphysiques, qui fondent les théories prétendument descriptivistes de la solidarité. Deuxièmement, nous avons besoin de saisir les cadres de pensée dans lesquelles s’inscrivent différents usages du concept de solidarité, afin de lever les amalgames et de restituer au mot toute sa polysémie, tributaire de la diversité de ses usages. Troisièmement, nous devrons discerner différents types de solidarités derrière le terme générique, qui correspondent aussi à différents contextes sur le plan de la réalité empirique.
Pour l’année 2026-2027, nous proposons une co-organisation entre le Collège international de philosophie et STL. Intitulé « Solidarités et vulnérabilités », le séminaire articulera la question des solidarités à celle des vulnérabilités :
« La solidarité est souvent vue comme une pratique ou un acte à destination de personnes considérées comme vulnérables. On serait solidaires, prioritairement, envers les personnes « dans le besoin », « en situation de nécessité », « face à l'urgence ». Dès lors, la solidarité serait condamnée à rester un rapport asymétrique entre un aidant, qui dispose des moyens et du pouvoir de venir en aide, et un aidé, fragile et impuissant. La solidarité risquerait ainsi de se voir rabattue et confondue avec une logique purement humanitaire. Cependant, l'articulation entre solidarité et vulnérabilité fournit un motif puissant aux gestes solidaires : ils seraient déclenchés par des émotions de pitié et de compassion, une empathie plus ou moins spontanée, nous tournant vers les théories des sentiments moraux, les éthiques du care ou les études des sciences cognitives sur les émotions morales.
La vulnérabilité est-elle la condition de la solidarité ? Ne sommes-nous motivés à être solidaires qu'envers les personnes dites « vulnérables » ? Quels sont les critères de la vulnérabilité et sommes-nous toujours capables de percevoir la vulnérabilité sous ses formes plurielles ? »
-
Le séminaire sera co-organisé par Sophie Djigo (enseignante en classe préparatoire, chercheuse associée à STL), Cécile Lavergne (MCF philosophie - STL), et Sarah Troche (MCF philosophie - STL).
-
Le séminaire explorera ces questions en croisant les approches disciplinaires (philosophie, sociologie, science politique, photographie, documentaire) et les formes de savoir.
-
Il se déroulera sur 6 séances, d’octobre à mai, au rythme d’une séance par mois, le mercredi de 17h à 19h.
-
Ouvert à un public large, comprenant universitaires et non-universitaires, ce séminaire se tiendra à la MRES (Maison Régional de l’Environnement et des Solidarités), à Lille.
-
Chaque séance proposera un dialogue entre deux intervenant•es autour d’une question ou objet (livre, documentaire, photographies).