Les thématiques

Les activités de recherche relevant de cette thématique visent essentiellement à élucider la manière dont le lien entre une forme linguistique et sa signification dépend de son environnement contextuel. S’il est clair, par exemple, que « les chiens doivent être tenus en laisse » et que « cela doit être une blague » impliquent l’expression de la nécessité, grâce à « devoir », expliquer que le premier est susceptible d’exprimer la nécessité déontique, tandis que le second exprime probablement la nécessité épistémique, exige une approche du sens qui dépasse la signification inhérente des mots et des morphèmes individuels. Une meilleure compréhension de ce qui constitue le « contexte » et de la façon dont les utilisateurs de la langue l'exploitent est un objectif primordial dans cette thématique, et le fait que notre laboratoire soit composé de chercheurs en linguistique et en philosophie est propice au succès de ce type de recherche.

Cet objectif n’implique nullement que la place qu’occupe le lexique dans la construction du sens soit laissée de côté. Cette dimension, qui constitue depuis toujours l’une des grandes forces des travaux conduits à STL, sera explorée à la fois par des morphologues – notamment dans le cadre du projet ANR DEMONEXT (2018-2022 [STL = G. Dal (responsable STL), D. Amiot, S. Caët, N. Grabar, L. Macchi, M. Tran, D. Tribout] : base de données morphologiques français décrivant les propriétés dérivationnelles des mots de manière extensive et systématique), ou encore à travers le travail que D. Tribout mène avec L. Barque, P. Haas et R. Huyghe sur la classification sémantique des noms en français – et par des spécialistes de la sémantique lexicale (ex. travaux d’A. Balvet et R. Marín sur l’induction automatique de taxonomies pour l’espagnol et le français – projet ECOS-Sud ; recherches conduites par M. Rangel Vicente sur les noms propres de ces deux mêmes langues).

Toutefois, une attention particulière sera accordée aux rôles que jouent dans la construction du sens les contextes dans lesquels les unités linguistiques s’inscrivent. B. Cappelle, en collaboration avec P. Denis et M. Keller, se demandera ainsi comment l’on peut dériver les sens des adjectifs ‘privatifs’ (fake, false…) à partir de leurs distributions lexicales, alors qu’I. Depraetere, dans le cadre du projet ANR REM, en collaboration avec B. Cappelle, P. Denis, N. Grabar et M. Hilpert, comparera et testera différentes approches méthodologiques du sens contextuel des modaux de l’anglais.

Cette exploration de la dimension contextuelle, pragmatique du sens associera des linguistes à des logiciens, une singularité de notre laboratoire au niveau national : S. Rahman, qui continuera à développer les enjeux philosophiques, historiques et épistémologiques de la logique dialogique, et T. Tulenheimo, qui travaillera notamment sur l’histoire de la logique, et plus particulièrement sur la réception du néo-aristotélisme en Suède au début de 17ème siècle (sur les œuvres logiques de Johannes Rudbeckius en particulier). Cette collaboration prendra notamment forme sous l’égide d’un projet de recherche interdisciplinaire, initié par I. Depraetere, consacré à la pragmatique, qui fera intervenir des membres d’autres champs du laboratoire (E. Le Jallé, R. Webb, A. Billon…).

La recherche du sens ne peut faire l’économie de l’exploration des moyens avec lesquels celui-ci est transmis. Dans ce cadre, notre projet mettra en valeur la dimension multimodale du langage, et notamment le rôle que jouent les gestes dans la construction du sens. Cette question sera fortement liée à celle de la spatialité, un thème qui constitue une des spécialités de notre champ. M. Lemmens, en collaboration avec I. Mittelberg, K. Feyaerts, J. Perrez  et C. Debras, construit ainsi aujourd’hui un projet consacré à l’analyse multimodale des expressions spatiales et des narrations liées à l’espace (déplacement et localisation), prenant notamment appui sur des données MoCap. E. Soroli poursuivra de son côté les recherches qu’elle conduit sur les liens qui unissent représentations spatiales et stratégies linguistiques, et A. Risler s’intéressera aux verbes de déplacement dans diverses langues des signes. En effet, la participation des gestes à l’élaboration du sens ne peut se faire sans la prise en considération à la fois de langues orales et signées. S. Caët travaillera ainsi, en collaboration avec A. Morgenstern, sur le développement de la référence personnelle chez des enfants francophones, anglophones et signeurs, et A. Balvet, S. Caët, M. Charpentier et A. Risler exploreront les modalités de construction des énoncés en LSF (dimension syntaxique).

Le contexte étant pris au sens large, la thématique A intègre un cadre qui a récemment pris de l’importance à STL, suite au recrutement de plusieurs Maîtres de conférences : celui de l’analyse des discours. Une attention particulière sera accordée aux discours politique (G. Caliendo consacrera une large part de ses recherches à l’analyse critique du discours politique et institutionnel, notamment dans les textes officiels de l’Union européenne, et collaborera avec N. Grabar et M. Richey sur les discours propagandistes russes et nord-coréens, alors qu’Henry Hernandez Bayter s’intéressera aux discours politiques et médiatiques en Amérique latine) et académique (G. Caliendo s’intéressera par exemple à l’évolution diachronique du discours académique et des genres discursifs de la vulgarisation scientifique, alors qu’I. Depraetere, en partenariat avec J. Buysschaert et X. Fontich, travaillera sur l’utilisation du métalangage dans les cours de grammaire de l’enseignement supérieur), même si d’autres dimensions seront explorées (ex. travaux de L. Santos sur les routines conversationnelles en portugais, ou encore d’I. Depraetere avec S. De Cock et N. Ruytenbeek sur la politesse).

L’ensemble des recherches conduites dans cette thématique s’appuiera sur l’examen de langues particulièrement variées. Outre celles qui ont déjà été évoquées, l’on peut citer l’arabe (travaux de F. Tayalati et L. Danckaert sur les constructions possessives avec ou sans pronom résomptif), le russe (travaux de T. Milliaressi sur le temps par rapport à l’aspect et à la taxis), l’odia, langue indo-aryenne de l’Inde (poursuite des travaux de M. Lemmens et K. Sahoo sur la mirativité exprimée par des verbes vecteurs de cette langue), ou encore le créole guadeloupéen (travaux de D. Tribout, en collaboration avec F. Villoing et F. Henri sur la dérivation déverbale). Les différents membres du champ sont en effet convaincus de la nécessité de confronter les langues afin de distinguer ce qui est propre à chacune d’elles des invariants du langage. Cette dimension contrastive est essentielle à la thématique que nous venons d’évoquer, mais se révèle fructueuse pour l’étude de nombreux autres aspects du langage. Il a en conséquence été décidé d’accorder à cette approche la place qu’elle mérite, en lui consacrant une thématique dans le cadre de notre nouveau projet.

La comparaison entre langues, la perspective typologique et la diachronie ont bénéficié d’un regain d’intérêt en raison de nouveaux cadres théoriques, se rattachant à la linguistique cognitive au sens large, qui ont offert un cadre de réflexion et des outils d’analyse. Le développement des corpus en ligne, corpus parallèles pour la comparaison, d’une part, et corpus couvrant une diachronie large, d’autre part, ouvrent par ailleurs de nouveaux terrains d’investigation. Les recherches menées au sein du laboratoire s’inscrivent dans ces nouvelles approches théorique et empirique qui ont renouvelé la linguistique comparée, la linguistique typologique et la linguistique diachronique. Les langues étudiées par les linguistes de STL étant diverses (dans le domaine indo-européen : langues romanes, langues germaniques, langues slaves, grec ; parmi les langues sémitiques : l’arabe ; langues bantoues ; langues signées ; …), le contexte est propice à faire émerger des collaborations autour de thématiques précises.

Les recherches conduites en diachronie seront entre autres portées par le projet ANR-DFG PaLaFra, porté à STL par A. Carlier et faisant également intervenir L. Danckaert, qui entend livrer une contribution à notre compréhension de la filiation entre le latin tardif et l’une des langues romanes, le français, à travers la mise en place et l’exploitation d’une base textuelle bilingue (composée d’une base latine de textes proches de la langue orale, d’une base des plus anciens textes du français, et d’une base de textes traduits du latin tardif vers l’ancien français), déjà opérationnelle aujourd’hui. Un autre projet important en diachronie auquel le laboratoire est associé est celui de la Grande Grammaire de l’Histoire du Français, piloté par C. Marchello-Nizia, S. Prévost, B. Combettes et T. Scheer, qui ne décrit pas un état de langue révolu mais aborde une véritable perspective diachronique, en décrivant l’évolution à partir des premiers textes jusqu’en français contemporain (chapitres d’A. Carlier dans les domaines de la morphologie grammaticale, la syntaxe et la sémantique grammaticale, alors que D. Amiot collabore aux chapitre consacrés à la morphologie lexicale). Enfin, d’autres projets s’inscrivant dans ce cadre impliquent les phonologues du laboratoire : R. Noske collaborera avec M.-J. Kümmel sur les relations qu’entretiennent la phonologie historique et la phonologie théorique, et C. Patin poursuivra le travail qu’il a entamé sur l’évolution des systèmes tonals des langues niger-congo vers des systèmes accentuels.

Les projets collaboratifs s’appuyant sur une approche contrastive en synchronie, particulièrement féconds ces dernières années au sein du champ 1, se poursuivront ou entreront dans leur phase finale. Trois exemples représentatifs peuvent être fournis : (i) les suites du projet Espace, Temps, Existence, financé de 2012 à 2016 par le Labex TransferS, qui vise à rendre compte des spécificités structurelles que présente la prédication existentielle dans une douzaine de langues différentes en les mettant en rapport avec leurs propriétés typologiques (sont associés à ce projet B. Cappelle, K. Paykin, F. Tayalati, E. Soroli et A. Carlier) (ii) un projet sur les tough-constructions (ex. ce livre est facile à lire) qui associe plusieurs chercheurs du laboratoire (F. Tayalati, L. Danckaert, K. O’Connor, K. Paykin, D. Van de Velde) examinant de nombreuses langues (anglais, arabe, bulgare, français, grec, néerlandais et russe) et qui, contrairement aux travaux antérieurs axés sur la syntaxe, se concentre sur la dimension sémantique de la construction, et (iii) le projet EPI, financé par la MESHS et impliquant plusieurs membres de STL (D. Amiot, C. Patin, G. Schaden ainsi que des doctorants ou jeunes docteurs), qui explore entre autres les propriétés similaires que présentent les noms taxinomiques dans de nombreuses langues (allemand, anglais, français, grec, hongrois, néerlandais, russe, shingazidja, suédois…). 

Au-delà de ces projets impliquant de nombreux membres du champ, des collaborations de moindre ampleur s’appuient sur le comparatisme pour l’identification des propriétés de leurs objets de recherche : marqueurs de discours (collaboration de J. Delahaie avec I. Solìs Garcia, dans le cadre des activités du groupe Disco, sur la comparaison et l’analyse contrastive des marqueurs de discours en français et en espagnol), verbes à particule (collaboration de B. Cappelle avec F. Masini – langues germaniques, romanes et ouraliennes), alternances causatives (A. Carlier et F. Tayalati), variation phonétique et phonologique de l'anglais L1 et L2 (implication de C. Bouzon, M. Capliez et  P. Mairano dans les projets PAC/IPAC), entre autres, seront ainsi examinés.

Les travaux en comparatisme et typologie qui viennent d’être évoqués, au delà de leur intérêt intrinsèque, serviront de support aux recherches conduites dans la thématique C, qui s’attacheront entre autres à distinguer variations et invariants dans l’acquisition, la transmission et la perte des langues. Pour mener à bien cet objectif, cet axe de recherche, qui s’est vu renforcé par plusieurs recrutements ou promotions ces dernières années, s’appuiera sur l’examen de contrastes multiples : langues distinctes, notamment signées (S. Caët évaluera les compétences d’enfants de 4 à 11 ans en Langue des Signes Française, et A. Risler s’intéressera à l’acquisition L2 de la même langue) ; variété des types de locuteurs (monolingues, bilingues précoces – participation d’E. Soroli au projet INEXDEB –, apprenants avec ou sans pathologies, etc.) ; diversité des composantes de la compétence linguistique abordées (phonétique – C. Bouzon et P. Mairano poursuivront par exemple les recherches qu’ils mènent sur l’acquisition du VOT par les apprenants francophones et italophones de l’anglais, en s’intéressant cette fois à la perception –, phonologie, morphologie, syntaxe, sémantique, lexique, etc.) ; approches multiples (élicitation, utilisation de corpus, approches expérimentales, examen des mouvements oculaires) ; stimuli oraux ou écrits ; etc. P. Mairano, par ailleurs, poursuivra ses recherches sur la progression des compétences phoniques dans les langues secondes, ainsi que sur les effets de l'orthographe sur la prononciation en anglais L2.

Outre la dimension contrastive évoquée dans le paragraphe précédent, une attention particulière sera une nouvelle fois portée au contexte – projet APPEL consacré aux interactions verbales professionnel-enfants dans le cadre familial, scolaire et orthophonique, faisant intervenir des membres de l’équipe [S. Caët, E. Canut, L. Macchi, C. Patin], des orthophonistes, des enseignants du primaire… ; étude par I. de la Fuente du rôle de l’immersion pour l’acquisition L2 – et à la dimension multimodale du langage – S. Caët, en collaboration avec J. Fagard et N. Loundon, s’intéressera ainsi au développement de la latéralité manuelle et de la latéralisation du langage chez l’enfant sourd, M. Lemmens, avec K. Feyaerts et G. Brône, étudiera de son côté les constructions multimodales dépictives chez les apprenants, alors qu’E. Soroli s’intéressera à la structuration et l’organisation des représentations mentales au niveau de la conceptualisation de l’espace, pour ne prendre que quelques exemples.

Les travaux conduits en acquisition L2 s’articuleront naturellement avec les recherches menées sur la didactique des langues. Les études qui seront menées dans ce domaine, qu’elle soient consacrées à des langues orales (anglais, français, portugais, etc.) ou signées (ex. travaux d’A. Risler consacrés à l’acquisition L2 de la LSF), couvriront un spectre très large, allant de la conception de grammaires à destination de l’apprenant (élaboration de la 2de édition de l’ouvrage Advanced English Grammar : a linguistic approach d’I. Depraetere [avec C. Langford], destiné aux apprenants avancés de l’anglais ; élaboration par L. Santos [avec T. Johnen] d’une grammaire à destination des apprenants du portugais) à l’examen des formations et pratiques enseignantes (collaboration de J. Delahaie et K. Paykin avec l’Institute of Education de UCL et l’Université d’Anvers sur les enseignements de français LE et d’anglais LE en France, au Royaume-Uni et en Belgique ; étude par N. Macré, M. Capliez et A. Rivens Mompean de l’impact du développement des stratégies d’écoute des étudiants d’anglais LE sur leurs productions orales).

L’une des forces de notre laboratoire est l’attention que porte une partie de ses membres au rôle que jouent les TIC(E) dans la construction des dispositifs didactiques. Cette dimension continuera d’être exploitée et développée dans le contrat à venir, notamment par S. Babault et A. Rivens Mompean, qui s’intéresseront particulièrement aux dispositifs et plateformes en ligne de type MOOC, par M. Rangel Vicente, ou encore par A. Balvet, E. Canut et J. Delahaie, qui travaillent à la mise en oeuvre d'une plateforme multilingue pour l'enseignement des langues étrangères (accès donné à des interactions simulées dans différents genres, accompagnées de fiches explicatives ; annotations – syntaxe de l’oral, patrons discursifs, etc.).

Les outils qui seront développés et exploités dans ce cadre s’articulent fortement avec une notion dont l’étude est une autre force de STL, celle de l’autonomie des apprenants de langues étrangères et des dispositifs permettant à celle-ci de se développer. En dehors d’A. Rivens Mompean, cette dimension sera explorée par N. Macré, qui s’intéressera en particulier au rôle que joue la métaréflexion sur ce point, ou encore par K. O’Connor, qui poursuivra les travaux qu’elle conduit dans le contexte du (télé)tandem.  

À cet axe consacré à l’appropriation de (nouvelles) langues correspondra un examen de la manière dont l’acquisition d’une langue peut être affectée, ou cherchant à comprendre comment elle peut être perdue ou retrouvée.

Depuis plusieurs années, l’étude des dimensions linguistiques des troubles du langage acquis constitue une force du laboratoire, notamment sous l’impulsion d’E. Soroli, qui poursuivra les recherches qu’elle conduit sur les aphasies (dans le cadre du projet COST CATs, coordonné par M. Brady), et T. M. Tran, qui continuera d’explorer les conséquences linguistiques des pathologies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer (notamment à travers la constitution de bases de données linguistiques en vue d’un usage en recherche clinique, dans le cadre du projet DEMONEXT), un sujet qu’exploreront prochainement d’autres membres du laboratoire (ex. collaboration de C. Patin avec A. Basirat sur la production et la perception de l’intonation par les parkinsoniens).

Les recrutements effectués ces dernières années nous permettront toutefois d’étendre notre examen de cette question aux troubles développementaux du langage : autisme (recherches de S. Caët sur le développement de la référence personnelle), déficience intellectuelle (collaboration de L. Macchi avec B. Facon sur l’identification des variables déterminant l’accès à une rééducation orthophonique), dyslexie (L. Macchi et G. Mahé testeront auprès d’une population d’adultes dyslexiques universitaires l’hypothèse selon laquelle certaines dyslexies s’expliquent au moins en partie par une altération de l’attention visuo-spatiale).

Nombre des dimensions ou questions traitées au sein de la thématique C, et une large part des travaux qu’elle accueillera ces prochaines années, s’inscrivent dans le cadre d’une recherche linguistique dite ‘appliquée’ en ce qu’ils ont vocation à court ou moyen terme, dès leur conception, à participer à l’élaboration de solutions ou d’outils répondant à des questions ou problèmes de société liés au langage.

Ces travaux sont aujourd’hui, au sein du champ 1, partie intégrante d’une recherche plus large explorant l’impact des travaux conduits sur le langage sur l’environnement sociétal, ou se construisant avec ce dernier. Si cette dimension a depuis toujours été au cœur des études conduites à STL (voir la présentation des thématiques ‘Application’ et ‘Cognition’ dans la section ‘Bilan’), elle a récemment connu un fort développement au sein du champ en raison de recrutements ciblés, de l’obtention de financements de projets aux niveaux local, national et international (par ex. le projet POMELO, porté par N. Grabar, ou le projet ANR MIAM qui lui a succédé, dans lequel sont impliqués au sein du champ, outre N. Grabar, A. Balvet et F. Tayalati), ou encore d’un contexte institutionnel favorable (défis sociétaux de la Stratégie Nationale de Recherche, fusion des universités lilloises, etc.). Il a en conséquence été décidé de mettre en valeur et soutenir ce développement en consacrant l’une de nos quatre thématiques aux liens qui unissent linguistique et société(s).

Au-delà des applications des recherches conduites sur les pathologies du langage qui ont précédemment été évoquées, plusieurs recherches seront liées au thème de la santé. N. Grabar, qui axera une partie de ses travaux sur le traitement des informations médicales pour rencontrer les besoins des cliniciens (recherche et extraction d’information, construction de ressources et d’outils), poursuivra par ailleurs les recherches qu’elle conduit depuis plusieurs années sur l’adaptation et la simplification des informations de santé à destination des patients ou des non-experts (notamment dans le cadre du projet ANR CLEAR). Cette question sera aussi explorée par L. Macchi, qui se concentrera sur la population des patients présentant des troubles du langage, ou encore par I. de la Fuente. Plus largement, une attention particulière sera accordée dans cette thématique à la facilitation de la communication entre les différents acteurs de la santé, et notamment entre les professionnels (médecins – N. Grabar ; orthophonistes – L. Macchi ; etc.) et les patients – I. Depraetere consacrera ainsi une partie de la recherche qu’elle conduit sur la politesse (cf. la thématique A) au discours médical (rapports médecins – patients, patients – proches, etc.).

Le discours juridique fera également l’objet d’une attention particulière. Depuis longtemps porté à STL par A. Heroguel, qui a pour projet la mise à jour de l'édition bilingue du Code pénal des Pays-Bas (augmentée d'autres textes comme ceux de la Loi sur les stupéfiants et celle sur les infractions économiques), ce thème sera également exploré par G. Caliendo, qui s’intéressera entre autres à la représentation discursive du crime organisé et à la question de l’harmonisation des définitions juridiques concernant les organisations criminelles et leurs crimes dans la législation dérivée de l’UE (directives, règlements, décisions) – sur ce point, voir également l’axe transversal ‘Traduction’ –, par S. Rahman, qui explorera les dimensions sémantico-pragmatiques du raisonnement juridique, ou encore par I. Depraetere, qui appliquera à ce domaine les recherches théoriques qu’elle mène sur les notions de standardisation, conventionnalisation, routinisation.

Au-delà de ces axes forts, bien établis, de nouvelles thématiques se développent, en lien avec des questions qui sont au centre des débats contemporains : migrations (projet Langues et Migrations d’E. Canut et J. Delahaie : analyse des résultats d’une recherche-action en cours dans une classe UPE2A, finalisation d’un livret pédagogique à destination des enseignants/bénévoles associatifs, ouvrage en préparation sur la mise en œuvre de la démarche de « dictée à l’adulte » avec des publics non francophones), genre (projet de M. Lemmens, en collaboration avec M. Lesuisse, sur les préjugés genrés dans la langue – anglaise, notamment), relations avec le monde économique (implication d’A. Heroguel dans le projet Interreg « La gestion des langues et des cultures comme facteur de compétitivité internationale des PME », piloté par IRHIS), etc.