Axe transversal « Argumentation »

1. Modélisation(s) de l'argumentation. Pour une nouvelle approche. Nous étudierons essentiellement la question de l'émergence de la normativité, de la signification et du savoir en tant que résultat d'une approche particulière de l'interface sémantique-pragmatique: notamment l’approche argumentative. Rappelons que  l'approche de l'argumentation qui résulte essentiellement des travaux de Frege et Tarski, et s'appuie sur ce que l'on a pris l'habitude d'appeler la sémantisation de la pragmatique (SP) – au sein de laquelle les contextes sont formalisés à l'aide d'index spécifiques dont dépend la valeur de vérité —, réduit l'argumentation à la vérité au sein d'un modèle. Par contre, la théorie des actes de langages, associée aux approches épistémiques de la signification et du savoir, exhibe un programme de pragmatisation de la sémantique (PS), dans lequel un noyau propositionnel se trouve complété par divers modes, permettant les assertions, les questions, les commandes, etc., de sorte que l'argumentation est alors conçue comme une série d'étapes dans lesquelles les assertions s'entrelacent à des questions et réponses. Nombre de travaux de recherches réalisés au sein de notre laboratoire (particulièrement en philosophie, linguistique et philosophie ancienne) s'inscriront dans l'une des deux approches de l'interface sémantique-pragmatique. Dans le champ 1, les travaux concernant l'argumentation en logique, en philosophie ancienne, mais aussi certains travaux d'ordre plus large concernant la pragmatique relèveront plutôt de  la seconde démarche. Pour ce qui est de la logique, on relie maintenant depuis peu la logique constructiviste de Per Martin Löf à la logique dialogique

Rigoureusement parlant, la nouvelle perspective étudiée à Lille s'appuie sur l'idée suivante : l'interface sémantique-pragmatique ne doit pas être comprise comme le résultat de la superposition des couches, mais c'est la différenciation de ces couches qui résulte de l'articulation sémantique-pragmatique à l'intérieur d'un seul et même acte d'énonciation. En principe, tout énoncé exhibe les deux composantes : il signifie d'une part : dimension sémantique, il communique d'autre part : dimension pragmatique (voir les travaux qui seront développés dans la thématique 1 du champ Forme, Sens et Contexte).

Dans cette perspective la connaissance, le sens et la vérité sont conçus comme le résultat d'une interaction sociale, où la normativité n'est pas comprise comme une sorte d'opérateur pragmatique agissant sur un noyau propositionnel censé exprimer la connaissance et le sens, mais plutôt inversement: le type de normativité qui émerge de l'interaction sociale, impliquée dans la production de la connaissance et de la signification, est constitutif de la vérité et du sens. En d'autres termes, selon cette conception de l’argumentation  c’est l’étroite relation entre  le droit de demander les raisons d’une assertion et le devoir de  donner ces raisons qui est la source  de la connaissance, du sens et de la vérité (c’est là une recherche qui s’articulera avec le projet collaborartif ANR/DFG qui sera déposé dans le cadre des activités programmées du champ 3 Normes, Pratiques et Création)

2. Communication, langage et techniques d'argumentation. L'objectif principal de cet axe est d’étudier l'articulation des dimensions pratiques et théoriques de l’argumentation, ainsi que les relations que cette dernière entretient avec les différents modes de communication. Il s’agira notamment d'analyser les formes, la structure et l’utilisation du langage, la place des émotions et de la communication non verbale, ainsi que le rôle des nouvelles technologies dans l’argumentation et la communication. Cette problématique sera développée autour de deux directions de recherche : la modélisation des processus de production linguistiques dans l’argumentation d’une part, l’articulation entre les formes linguistiques et non linguistiques de l’argumentation, de l'autre.

3. Réception argumentative, persuasion et effets de pouvoir. Cet axe doit permettre d’aborder la question de la réception de l’argumentation au regard de sa force de persuasion et de conviction. Il s'agit alors de prendre en compte les contextes sociaux d’énonciation et de réception de l'argumentation, ainsi que les enjeux et les relations de pouvoir dans lesquels elle s’inscrit. Dans cette perspective, deux directions de recherche seront privilégiées : d’une part, la question du rapport qu’entretient la prise de décision avec  l’argumentation et le changement comportemental qu’elle induit; d’autre part le fonctionnement de l’argumentation dans les relations de pouvoir.

4. Transformations diachroniques des pratiques argumentatives. Cet axe aborde les transformations diachroniques de l’argumentation au regard de sa performativité et de son efficacité, en mettant l'accent sur l’invention et le renouvellement des formes et des techniques de l’argumentation. Il s’agit aussi d’analyser les incidences que ces évolutions peuvent avoir sur les compétences nécessaires à l’argumentation. Cette perspective, à la fois historique et analytique, sera notamment déclinée selon trois directions de recherches. Il s’agira d’étudier d’une part la généralisation d’un impératif participatif ou délibératif dans toutes les sphères de la société, d’autre part la place croissante prise par les médias et les nouvelles technologies, enfin, le développement des échanges économiques, politiques, intellectuels et culturels internationaux et transnationaux.

Toutes ces recherches contribuent fortement au  renforcement du rayonnement international de l’Unité. L’axe transversal « Argumentation » promeut et publie en effet des travaux transdisciplinaires et interdisciplinaires qui font l’objet d’une diffusion par de prestigieuses maisons d’éditions et collections, notamment les éditions  Springer et  sa collection internationale Logic, Argumentation and Reasonning : Perspectives from the Humanities and the Social Sciences, qui inclut dans son bureau éditorial des chercheurs des ex-universités de Lille 1 et Lille 2 et Lille 3, et qui a publié, entre 2013 et 2017, 14 volumes impliquant de nombreux chercheurs et doctorants du laboratoire (www.springer.com/series/11547). À cela s'ajoute une seconde collection Springer (41 volumes : www.springer.com/series/6936), et trois autres collections publiées par College Publications, Londres.

Plusieurs  projets de recherche  collaboratifs nationaux et internationaux seront renforcés et développés. 

1)     Le réseau LACTO (Logique, Argumentation et Cognition dans les Traditions Orales), impliquant 10 universités africaines.

2)     Un  projet de recherche  sur « Histoire et Philosophie de la Logique et le nouveau Stoïcisme », avec Princeton et l’Université Autonome de Mexico.

3)     Un  projet de recherche «  Logique et Droit », en partenariat avec Constance, Bologne, Alger,  Mexico,  Valparaiso.

Un  projet de recherche «  Fondements et histoire des Mathématiques et de la Physique », en partenariat avec Sydney, Los Angeles, Groningen, Leyden, Prague,  Mexico, Rabat, Alger.

Axe transversal « Traduction »

Les recherches menées au sein de cet axe transversal seront développées en fonction de la distinction entre trois types de traduction : 1) traduction épistémique, 2) traduction pragmatique, 3) traductologie de corpus et TAL.

Pour ce qui concerne la traduction épistémique, l’objectif est de thématiser ce troisième type de traduction, différent aussi bien de la traduction littéraire (voir les travaux de Giuditta Caliendo, Annie Risler, Philippe Sabot) que de la traduction spécialisée. En effet, la typologie classique (littéraire/spécialisée) ne couvre pas la traduction des textes philologiques anciens (voir les travaux de Marc Baratin, Fabienne Blaise, Anne de Crémoux, Leone Gazziero, Xavier Gheerbrant, Séverine Issaev, Peggy Lecaudé, Alain Lernould, Claire Louguet), ni la traduction des textes philosophiques (Alain Lhomme, Philippe Sabot) ou tout autre type de texte en sciences humaines (voir les travaux d’Anne-Françoise Macris, Spiros Macris, Tatiana Milliaressi). Notre approche est spécifique et diffère de celles qui sont basées sur l’opposition binaire « traduction littéraire/traduction spécialisée » (voir en particulier l’axe « traduction » du laboratoire CECILLE). En effet, notre approche n’est pas issue du genre dont relève le texte à traduire mais de l’activité traduisante elle-même et de la mise en forme du sens (l’épistémique est analysé par opposition au pragmatique et au poétique).

Les recherches sur la traductologie de corpus (corpus-based translation studies en anglais) porteront sur l'utilisation des méthodes de la linguistique de corpus en traductologie descriptive. Les corpus sont utilisés, d’une part, comme outils d'aide à la traduction et, d’autre part, comme outils de recherche en traductologie. Trois approches ou questions feront l’objet de recherches :

·       la question de la qualité linguistique de la traduction humaine et celle de la traduction automatique (Antonio Balvet, Giuditta Caliendo, Bert Cappelle, Ilse Depraetere, Rudy Loock, Tatiana Milliaressi)

·       l’approche en traductologie de corpus (Antonio Balvet, Giuditta Caliendo, Bert Cappelle, Henry Hernandez Bayter, Natalia Grabar, Rudy Loock)

·       l’approche relevant du TAL (Antonio Balvet, Natalia Grabar)

 Les partenariats existants seront renforcés : faculté de traduction de l’Université de Moscou, Timisoara (Roumanie)  Gand, Cape Peninsula University of Technology (Afrique du Sud) Institut libre Marie Haps (Bruxelles Belgique)

 Sont prévues pour le prochain contrat, entre autres activités collaboratives :

     La publication de deux ouvrages :

- Afin de décloisonner les approches philosophique, linguistique et philologique en traduction et de rendre accessibles les travaux des spécialistes de domaines respectifs au public universitaire large, les traductologues du laboratoire préparent une publication commune aux Presses Universitaires du Septentrion. Le titre provisoire du recueil qu’on projette de publier en 2019-2020 est La traduction épistémique : entre la poésie et la prose.

- Avec l’objectif de réfléchir sur la traduction d’un texte épistémique, une publication avec la participation des membres STL est en préparation. Elle est issue de la session consacrée à la traduction en sciences humaines au Congrès Mondial de Traductologie de 2017. Le recueil s’intitulera Traduire un texte épistémique et paraîtra aux éditions Classiques Garnier en 2020.

     L’organisation d’un colloque en 2021, sur le thème « Traduire et diffuser la recherche en sciences humaines » (en collaboration avec la SoFT « Société Française de Traductologie »).