Regards croisés sur l’implicite

Journée d'études
Université de Lille- Pont de Bois - bâtiment B - salle B1.619

Participant·e·s :
Gaëlle Chantrain [egyptologue, UC Louvain] ; Philippe Glatre [anthropologue, LIRDEF, Montpellier 3] ; Mohamed-Tahir Hamid Ahmed,  [linguiste, STL] ; Gerhard Schaden [linguiste, STL] ; Ruth Webb [philologue, STL]

Descriptif :
La journée d’études abordera l’implicite, entendu comme aspect du sens qui reste suggéré et non exprimé dans les énoncés d’une langue donnée ou dans les dimensions d’un objet culturel donné. Le problème de l’identification du référent dans une allusion implicite est généralement résolu au regard du contexte désignant des sources auxquelles emprunte cette allusion, qui peuvent être linguistiques (par des jeux de mots, par exemple), historiques ou socio-culturelles. Traiter de l’implicite, c’est rendre compte de ce type particulier de référent qui intéresse ainsi plusieurs approches de disciplines variées, donnant lieu à des « regards croisés sur l’implicite ». L’orientation de cette journée d’étude sera donc, par nature, interdisciplinaire.

Programme

9h15 – Accueil

9h30-10h30 – Gerhard Schaden [linguiste, Université de Lille, STL]L'implicite – à qui la faute ? 

Résumé : Cette présentation essaiera d'interroger la notion d'implicite, en introduisant le phénomène d'interprétation antagoniste, qui s'oppose à l'interprétation coopérative gricéenne classique. Il s'agit de contextes où un allocutaire peut légitimement inférer des contenus non voulus par le locuteur, notamment dans des situations adversiales. Je discuterai également la question des limites d'une telle interprétation antagoniste : quand devient-elle abusive ou illégitime, risquant de basculer dans les théories du complot ?

10h30-11h30 – Gaëlle Chantrain [égyptologue, UC Louvain] Implicite et parties du corps: regard sur l’égyptien ancien dans son contexte Africain

Résumé : L’exposé se penchera sur un échantillon de la myriade d’expressions métaphoriques basées sur les parties du corps en égyptien ancien concernant l’expression des émotions et de la cognition. En parallèle, un regard sur des expressions similaires (ou d’apparence similaires) dans d’autres langues africaines sera proposé. Enfin, en dernière partie d’exposé, une réflexion collective sera suggérée sur le rapport entre langage figuratif, émotion et mémoire.

11h30-12h – pause

12h-13h – Mohamed-Tahir Hamid Ahmed Hamid [linguiste, Université de Lille, STL] L’implicite dans les énoncés allusifs en langue bedja (Soudan), quelle approche choisir ?Résumé : L’exposé s’interroge sur l’approche qu’il faut choisir pour comprendre l’implicite dans les énoncés allusifs en langue bedja. Que ce soit dans une conversation ordinaire ou dans les différents genres oraux plus ou moins littéraires, les énoncés allusifs en bedja se justifient par des raisons socio-culturelles qui contribuent à leurs contextes d’emploi et à leurs valeurs pragmatiques. La culture bédouine bedja valorisant l’allusion peut fournir des indications qui s’ajoutent aux propriétés linguistiques de l’allusion et déterminent ainsi l’approche la plus appropriée pour décrire le sens implicite en bedja.

13h-14h – déjeuner

14h-15h – Ruth Webb [philologue, Université de Lille, STL] Le rôle de l'implicite dans la rhétorique antique

Résumé : Cette communication présentera des exemples des fonctions de l’implicite dans la théorie et la pratique de la rhétorique grecque de l’époque classique (4e s av. notre ère) en analysant des passages de la Rhétorique d’Aristote et des discours de Lysias et de Démosthène. L’auditoire devait en effet combler des lacunes au niveau de l’argumentation et de la présentation des événements et personnes qui se trouvaient au coeur du débat. L’homogénéité relative des auditoires athéniens devait faciliter la tâche de l’orateur mais soulèvent des problèmes d’interprétation pour les lecteurs modernes qui seront analysés au cours de la communication.

15h-16h – Philippe Glâtre [anthropologue, Université Montpellier 3, LIRDEF]Dire sa culture par la performance : quand l’implicite se cache dans les choix poétiques

Résumé : À travers une anthropologie langagière de la poésie orale réunionnaise, plus particulièrement une comparaison du slam et du fonnkèr, il est possible de dégager des choix énonciatifs qui disent des positionnements culturels. Le rapport aux langues, à la littératie, à la performance, indiquent autant des savoirs que des logiques de résistance. Quant aux procédés poétiques, ils favorisent l’émergence de discours subalternes et situés, qui (re)territorialisent une culture créole.
 

16h-16h30 – discussion générale, conclusion et café