La responsabilité collective
Champ 2.2 ColloqueLes crises écologiques contemporaines (changement climatique, perte de biodiversité, raréfaction des ressources naturelles) révèlent l’ampleur des défis collectifs que nos sociétés doivent affronter. Elles soulignent que de nombreux enjeux dépassent l’action individuelle et exigent des formes de coordination, de volonté et de responsabilité collectives. Comment penser philosophiquement l’action collective face à des menaces globales qui mettent en jeu des biens communs et l’habitabilité de la planète ?
Ce colloque interdisciplinaire propose d’examiner cette question à partir de cinq champs complémentaires : la philosophie de l’économie, la philosophie politique, la philosophie morale, la philosophie de l’action et la philosophie du droit. L’objectif est de croiser les perspectives pour éclairer les mécanismes de coordination et d’action collective, ainsi que les conditions d’une responsabilité collective légitime face aux enjeux écologiques.
Un premier axe s’intéresse aux biens communs et aux enjeux de coordination qu’ils soulèvent, dans la perspective de la philosophie de l’économie. Les ressources naturelles et les écosystèmes constituent des biens communs par excellence : leur préservation et leur usage durable exigent de dépasser les logiques d’intérêt individuel et d’inventer des formes de coopération à grande échelle. La liberté du marché fondée sur l’appropriation privative atteint-elle ses limites face à ces défis ? La consommation, la production responsables et la croissance durable sont-elles des réponses adaptées à ces enjeux ? La question des biens communs met en lumière les défaillances de marché et pose le problème de l’action collective, étudié dès les premiers développements de la pensée économique. Les théories économiques et philosophiques de l’action collective fournissent des outils pour comprendre comment organiser la coordination, et sur quelles bases normatives elle peut s’appuyer pour répondre aux enjeux écologiques contemporains.
Un deuxième axe se situe à l’intersection de la philosophie politique, de la philosophie morale et de la philosophie de l’action. Il s’intéresse à l’action collective sous l’angle du sujet collectif. La réflexion sur l’action et la responsabilité collectives nécessite-t-elle de penser la volonté et le sujet collectifs ? Qu’implique « faire ensemble » et « assumer ensemble » ? La crise climatique illustre particulièrement cette problématique : croyant agir individuellement, nous participons souvent de manière conjointe à la production d’effets qui ne sont pas le fruit d’une intention délibérée, mais qui reflètent néanmoins ce que nous faisons collectivement. Cette observation invite à s’interroger sur la nécessité de constituer un sujet collectif. Quelle est sa nature : une volonté partagée, une raison commune, ou autre chose ? Comment comprendre le « faire ensemble » lorsque ce que nous produisons collectivement n’est l’objet de la volonté d’aucun des participants pris isolément ?
Enfin, un troisième axe s’intéresse à la philosophie du droit et à la responsabilité collective. Que signifie participer à un agir collectif tel que le réchauffement climatique, qui résulte de la combinaison complexe d’actions individuelles ? L’action collective se réduit-elle à une simple addition d’actions individuelles, ou constitue-t-elle une réalité irréductible aux contributions partielles qui la composent ? Dans ce cadre, la question de la responsabilité se pose de manière spécifique : l’individu est-il responsable seulement pour sa part dans l’action collective, ou sa responsabilité se déploie-t-elle au plan politique, en tant que membre d’un réseau d’interactions qui, collectivement, produit injustices et destructions ? Comment prendre en charge cette responsabilité ? Les catastrophes écologiques mettent en lumière ces problèmes d’imputation : la responsabilité pour les dommages environnementaux peut-elle être limitée à des individus isolés, ou faut-il reconnaître des formes de responsabilité véritablement collectives, attribuables aux entreprises, aux États ou aux institutions internationales ? Cette réflexion est essentielle pour penser des régimes de responsabilité capables de répondre aux enjeux écologiques contemporains et à la complexité des actions collectives qui les produisent.
En croisant ces perspectives, le colloque vise à éclairer les relations entre coordination, volonté et responsabilité dans la réponse collective aux crises écologiques, et à contribuer à une réflexion normativement solide sur l’action collective pour la durabilité.
Programme :
Matin
Introduction par Daria Abalmasova (SPH, UBM), Pierre Crétois (SPH, UBM) et Céline Jouin (CED, IEP Bordeaux)
Franck Fischbach
Vincent Bourdeau
Marc Fleurbaey
Clotilde Nouët
Après-midi
Marie Garrau
Fabien Girard
Thomas Boccond-Gibod