Journée d'étude "Ulysse polytropos"


Ulysse polytropos : Une figure ambiguë à la croisée de la tragédie, de la philosophie et de la sophistique.

Journée d'étude organisée par Valentin Decloquement, José Manuel Durón-García et Ruth Webb.

Alors qu’il n’existe que deux attestations de polytropos dans les poèmes homériques, sa présence dans le premier vers de l’Odyssée a suscité des débats dès l’Antiquité sur le sens et les connotations qu’il faut prêter à la figure d’Ulysse. Cette épithète, que les traducteurs français ont souvent rendue par « aux mille tours », désigne l’habileté et la capacité à s’adapter dans diverses situations et à parvenir à ses fins : liée à la ruse, la question a été de savoir si elle correspond plutôt à l’astuce ou à la fourberie. Ces discussions se sont développées dans différents domaines, de la sophistique à la philosophie en passant par la tragédie, et ont été pérennes puisqu’on en trouve trace de la période classique jusqu’à l’époque impériale.

Il s’agira, à l’occasion d’une journée d’études interdisciplinaire joignant approches philosophiques et philologiques, de saisir les enjeux de ces débats en les confrontant à leur contexte intellectuel. Différentes questions seront abordées. En termes de connotations, le problème a été de déterminer si la polytropia était perçu et présenté comme un motif positif, négatif ou intermédiaire :

  • Comment chaque auteur se réapproprie-t-il le débat et se positionne-t-il par rapport à ses prédécesseurs afin de faire valoir ses propres conceptions ?

  • En quoi la contre-figure de Palamède est-elle employée par certains auteurs pour mettre une perspective la polytropia de son rival ? A quelle appropriation d’Ulysse ces prises de partie ontelles donné lieu (comme le fait Platon dans le Phèdre, 261b-c, où Thrasymaque est assimilé à Ulysse) ?
     
  • En quoi le caractère malléable et ambigu de la polytropia a-t-il ouvert la voie à de telles interrogations ?

En outre, il ne faut pas cristalliser la polytropia. Les discussions suscitées par le premier vers de l’Odyssée sont passées sous le spectre de toute une terminologie liée à la ruse, en particulier la deinotês, la panourgia et la mêtis (liée à l’épithète polymêtis systématiquement associée à Ulysse dans les deux poèmes homériques). Il ne s’agira pas d’étudier ce lexique pour luimême, mais plutôt d’envisager ses interactions avec les débats liés à la polytropia, d’autant que ces termes ont servi d’outils permettant aux Anciens de questionner son sens et ses connotations.